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20 août 2015

Agriculture : poser les bases de l’élevage gagnant en Martinique !

Martinique Gagnante va accompagner les éleveurs volontaires pour poser de nouvelles bases de l’organisation de l’élevage gagnant en Martinique.

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Le modèle économique appliqué depuis des décennies dans les productions agricoles de la Martinique, d’une manière générale et dans celles de l’élevage en particulier, l’a conduit à l’impasse où elles se trouvent aujourd’hui. Martinique Gagnante va accompagner les éleveurs volontaires pour poser de nouvelles bases de l’organisation de l’élevage gagnant en Martinique.

Retour à la réalité

Pourquoi l’organisation de la production animale n’est-elle pas efficiente en Martinique ? Pourquoi ne parvient-elle pas a remplir sa mission qui est de mettre sur le marché dans de bonnes conditions sanitaires et financières des productions animales (lapin, poulet, porc, bœuf…) ?

Pour Martinique Gagnante, une seule réponse à ces questions simples : la production animale de la Martinique s’est coupée de sa réalité, à savoir que la Martinique est une île et qu’elle ne dispose pas de matières premières nécessaires au maintien de ces filières telles qu’elles sont aujourd’hui. En créant une multitude de structures coopératives aujourd’hui toutes endettées, en dépendant de l’importation et sans ambition en termes de production, les éleveurs martiniquais persistent à appliquer sur une île un concept de développement conçu pour un continent. Ce développement continental atteint aujourd’hui lui aussi ses limites : l’actualité du moment nous le prouve.

Travailler ensemble

En Martinique, cette situation est d’autant contre-productive que les acteurs ne travaillent pas ensemble. Ce sont entre autres la Chambre d’agriculture, le Pôle agroalimentaire de la Martinique (PARM), la structure de recherche Ikar, le Conseil régional, etc.

Or, si la réalité de ce qu’est la Martinique est prise en compte, pour Martinique Gagnante, il est possible de créer un modèle, fiable, notamment en travaillant la race, les aspects organoleptiques, le type d’élevage, etc. Par exemple, Martinique Gagnante soutient pour la Martinique un élevage plus familial, plus convivial, plus respectueux de l’économie, de l’écologie, de la santé. En outre, ce modèle repensé a l’avantage de s’articulerait avec les aspirations de développement touristiques annoncées pour l’île.

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Meilleur choix des races

Il existe dans le monde des exemples de ce type d’approche : l’Uruguay a une viande au goût particulier, rappelant le foie gras : les connaisseurs du monde entier viennent la déguster, tout comme celle de Kobe au Japon.

En Martinique, les éleveurs de bovins ont fait le choix du zébu. Cet animal présente en effet une rusticité intéressante : on le lâche dans la savane, il n’a guère besoin de soins et trouve à se nourrir même en période de sécheresse. S’il maigrit alors, il reprendra son poids normal dès que l’herbe redeviendra abondante. L’inconvénient de cette race, c’est que la viande qu’elle produit n’a aucune particularité en termes de saveur.

Travailler le goût

Aujourd’hui, constat est fait que la recherche de goût ne s’inscrit pas dans la démarche des agriculteurs martiniquais. L’installation récente d’une chambre de maturation est un premier pas. Cette approche martiniquaise peut s’expliquer de deux manières. D’une part, parce que les agriculteurs locaux ont plusieurs activités : ils ne vivent pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur leur exploitation. L’agriculture martiniquaise est devenue une activité par opportunité grâce notamment aux situations de rente qu’elle crée : l’élevage demande peu de soins et les subventions touchées lors de l’abattage créent un manque d’engagement. D’autre part, l’Europe et le Conseil régional octroyant des subventions, à des niveaux importants sous le sacro-saint principe de la recherche de l’indépendance alimentaire, ce qui inhibe aussi l’initiative privée.

Martinique Gagnante veut relancer l’initiative privée dans l’élevage et redonner à celles et ceux qui choisissent ces nobles filières la fierté d’être des éleveurs au service de la bonne alimentation des habitants de la Martinique.

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Sortir de la rentabilité par la subvention

Les éleveurs de la Martinique se sont laissés enfermer dans le cycle mortifère de la rentabilité par la subvention. Par exemple, grâce aux subventions, sans être dans son poulailler, un éleveur martiniquais gagne quatre fois plus qu’un éleveur installé en France Hexagonale, et deux fois plus qu’un exploitant réunionnais. En outre, l’afflux de subvention crée des inflations inattendues : ainsi une hangar vendu par un constructeur européen 100 000€ à La Réunion qui est pourtant plus éloignée de l’Europe que les Antilles et qui a donc des frais de transport plus importants, se retrouve vendu 300 000€ sans aucune justification particulière.

Aujourd’hui, l’organisation des filières animales en Martinique est basée sur une rentabilité par la subvention. Dès que les subventions sont retardées voire annulées, le système rencontre de grandes difficultés. Le modèle se casse littéralement la figure : c’est ce qui se passe avec les filières animales, mais aussi ailleurs, comme dans la filière canne où sur 80€ de revenus payés au planteur par tonne de canne livrée, 38€ sont payés par l’Usine du Galion et le solde, c’est-à-dire 42€ viennent de subventions diverses.

Autre exemple : en matière de poulets, si les tonnages ont progressé, cette progression n’était pas basée sur une rentabilité économique et de marché. Résultat : les frigos sont pleins de poulets qu’il faut parfois jeter.

Installer une ferme de reproduction

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Aujourd’hui, pour l’ensemble des filières, alors qu’elles devraient tendre vers 40% d’autonomie alimentaire, elles dépendent à 100% de l’importation pour exister. Le soja, le maïs, les poussins, etc., tout vient d’ailleurs. Martinique Nutrition Animale qui fournit l’aliment ne le fabrique qu’à partir de matières premières importées.

En outre, toujours pour le poulet, peut-on vraiment appeler Bo Kay des poulets obtenus à partir de poussins importés, qui sont placés dans des caisses fermées chauffées pour les faire grandir. Ils sont ensuite placés dans des hangars fermés au sol bétonné seulement recouvert de sciure, puis revendus au bout de 46 jours sans voir de soleil de la Martinique ? De même, pourquoi se battre pour implanter un second couvoir en Martinique alors que le premier remplirait parfaitement cette fonction ?

A Martinique Gagnante, nous considérons qu’il est plus judicieux d’installer une ferme de reproduction qui n’existe pas dans l’île et qui éviterait que les poussins ne soient importés. Cela aurait également l’avantage d’implanter en Martinique une activité nouvelle.

Sortir des « clubs privés »

Encore pour le poulet, l’option du poulet de chair de 46 jours produit dans un hangar de 400m2 retenue par la coopérative indispensable pour obtenir des subventions, notamment européennes, n’est pas la bonne. Un hangar de 400m2 pour ce choix d’élevage de masse ne permet pas à l’éleveur de se dégager un salaire correct. Pour ce faire, il lui faut implanter au moins trois hangars. Résultat, la coopérative de poulet s’est transformée en un club privé qui préserve les intérêts d’une poignée d’adhérents dont le nombre et l’identité n’ont pas changé depuis 2009. Résultat : aucun jeune ne peut se lancer dans la production de poulet parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer le hangar à 300 000€ et que le modèle retenu asphyxie le marché. Pour faire face à ces coûts élevés de production et les revenus également élevés des éleveurs, les acteurs de la filière ont pensé pouvoir faire des économies sur l’aliment uniquement, alors qu’il faut faire des économies partout !

Prendre des options pertinentes de production

Il est également nécessaire de prendre une autre option de production que le poulet vendu frais : il est directement concurrencé par celui d’importation. Ou alors s’offrir une diversification dans les choix : industriel de masse, ou niche de type poulet de Brest élevé 90 jours, ou encore un mix des deux. Il faut comprendre que prendre une option de poulet de niche, élevé plus longtemps, dans d’autres conditions, avec une alimentation améliorée, c’est aussi faire le choix de toucher les subventions plus tard. Or, dans la configuration actuelle, les éleveurs martiniquais veulent gagner de l’argent rapidement.

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Les filières animales en Martinique sont à la croisée des chemins

Pour relancer la machine, Martinique Gagnante croie à une vraie initiative privée. Pour qu’elle ait la chance d’être pérenne, les éleveurs doivent faire preuve de pragmatisme et de lucidité. Ils devront toujours garder à l’esprit que l’importation restera toujours un redoutable concurrent et qu’avoir comme unique objectif de récupérer des parts de marché grâce à une augmentation de la production locale sur des produits identiques à ceux qui sont importés, sans y apporter une réelle valeur ajoutée est une stratégie sans perspective voire une impasse. Autre élément indispensable pour la réussite de cette initiative privée : que les éleveurs considèrent les consommateurs comme des partenaires pour lesquels ils sont fiers de produire des aliments de qualité qu’ils auront plaisir à manger.

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Un schéma global opérationnel

Pour que la production animale locale martiniquaise retrouve sa rentabilité, elle doit choisir une stratégie, déterminer une mise en œuvre et développer une politique de prix en lien avec la qualité de ses produits. Martinique Gagnante accompagnera cette stratégie.

Cette nouvelle organisation pourrait se faire autour d’un schéma global opérationnel porté par une seule société coopérative d’intérêt collectif qui définirait les axes de développement. Dotée d’un système à directoire et conseil d’administration, la présidence devrait être statutaire, pour donner de la crédibilité à l’outil et éviter qu’il soit utilisé à des fins personnelles.

Une seule coopérative pour toutes les filières

Au sein du conseil d’administration se retrouveraient les collectivités locales, les personnes morales intéressées par le secteur, les coopératives, le Crédit agricole, les autres organismes financiers… Organisé en collège, chaque collège aura une voix, ce qui obligerait à un consensus au sein de chaque collège.

En termes de races, Martinique Gagnante incitera les éleveurs à s’orienter vers le développement d’espèces historiques comme le Mouton Martinik, le cochon Kréol, cabri Kréol… Ces options ont l’avantage de créer des possibilités de transformation en produits à valeur ajoutée et de créer une vitrine touristique autour d’une identité alimentaire forte. Pour Martinique Gagnante, c’est une stratégie gagnante !

Une intelligence collective gagnante !

En outre, si la Martinique veut faire un vrai développement de ses filières, c’est l’intelligence collective qui doit prédominer afin que les acteurs définissent ensemble une vraie ingénierie gagnante. Martinique Gagnante veut faire émerger ce groupe de femmes et d’hommes capables d’impulser une stratégie gagnante dans un secteur d’activité central pour la Martinique.

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